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vendredi 20 juillet 2018

L’Ascèse A-ji kan au temple Chishaku-in du bouddhisme Shingon - Kyoto 智積院阿字観会


Compte rendu d’expérience japonaise par Bruno Traversi




La Méditation A ji-kan est une pratique du Shingon 真言宗, dont Ueshiba fut adepte. Le shingon est l’une des deux écoles du bouddhisme ésotérique japonais avec le Tendai 天台宗. Nous nous proposons dans ce billet de retracer en quelques lignes le déroulement et la signification de cette pratique que l’on doit à l’un des plus fameux moines de l’histoire japonaise, Kūkai (nom posthume Kōbō-daishi) [弘法大師空海] (774-835), fondateur du Shingon.
Nous avons pu pratiquer cette ascèse au temple Chishaku-in, fondé au XIVe siècle à Kyoto, temple principal de la branche réformée du Shingon, Shingon Chizan Sect.
Pour saisir le sens et les étapes de cette pratique en particulier, il convient d’avoir à l’esprit ce qui caractérise la secte Shingon, en regard du bouddhisme japonais d’une manière générale.






La place du corps dans la doctrine paradoxale du Shingon

Le Shingon fonde sa doctrine à partir de la figure de Dai-nichi Nyorai 大日如来 « Grand-Illuminateur » (Mahā-vairocana), le bouddha originel (dont le Bouddha historique Sakyamuni, selon cette école, représente une émanation ou l’une de ses figures temporelles). Selon la doctrine enseignée par Kūkai, contrairement au bouddhisme de la terre pure (Jōdo, 浄土宗), par exemple, ce monde (tel que nous l’éprouvons en notre condition actuelle d’incarnation) n’est pas à rejeter, le corps lui-même – et ses passions[1] – n’étant pas considéré comme fondamentalement impur ou source d’impureté. L’idéal du Shingon est de réaliser l’état du Bouddha成仏 dans ce corps-ci 即身, c’est-à-dire dans le « corps né de nos parents » 父母所生身, selon l’expression du Bodaishinron 菩提 心論 (Traité de l’esprit d’Éveil).
La doctrine du Shingon repose entièrement sur l’idée paradoxale que le monde dans ses multiples aspects est à la fois différent et identique au corps de Loi. « Puisque tout participe du corps de Loi, rien ne peut être considéré comme fondamentalement impur dans le Shingon. Ce principe on ne peut plus fondamental est notamment rendu par l’expression kajisekai 加持世界 « monde de l’Union fécondante », signifiant que dans l’ésotérisme, le monde phénoménal n’est en lui-même ni impur ni distinct du monde de l’Éveil. »[2] Le paradoxe d’un monde à la fois duel et non duel, ninifuni 而二不二, et d’un corps à la fois source des passions illusoires et lieu de l’Eveil rend possible (et nécessaire) une ascèse paradoxale comme voie de Réalisation (skt. siddhi) – c’est-à-dire comme prise de conscience et accomplissement de ce que nous sommes déjà – il s’agit « de s’Éveiller à son identité fondamentale d’avec le corps de Loi »[3]. Aussi l’Eveil est-il qualifié à la fois honnu 本有 « originellement existant » et shushō 修生 « produit par la pratique » (voir Le corps inconscient et l'Ame du monde).
Le corps est ainsi tout à la fois ce qu’il faut dépasser, le moyen de ce dépassement, et le fruit de ce dépassement – autrement dit, il s’agira (considérant le corps du point de vue de l’acte) de passer de l’acte profane à l’acte authentique – quoiqu’ils ne soient pas différents en réalité. Le Shingon distingue, en effet, trois sortes d’actes 三業 : le geste, la parole et la pensée. La pratique ascétique comporte ainsi les mudra (mystère physique : shinmitsu 身密), les mantra (mystère vocal, kumitsu ), le samādhi (mystère mental, imitsu 意密).  Voir Pierre Régnier, « Symbolique du corps et corps symbolique dans la contemplation Shingon », Le corps et le sabre selon Ueshiba Morihei, Editions du Cénacle, pp. 73-110.

Le déroulement de la contemplation A-ji kan.

Ces trois formes d’acte se retrouvent dans les différentes phases de la contemplation A-ji kan.  Comme son nom l’indique, cette ascèse consiste essentiellement dans la contemplation de la lettre A, sous sa forme sanskrite. En introduction, le moine en charge de l’enseignement nous donne les raisons du choix de la lettre A : dans le système shingon, le son A représente le commencement et la fin de l’univers manifesté ; il est aussi, nous dit-il, le premier cri de l’enfant, l’expiration du vieillard : il est prononcé spontanément au début et à la fin de l’existence – il est ainsi considéré comme « la mère de la multitude des sons ». Ainsi, la contemplation du caractère A doit-elle permettre de connaître la vacuité et la négation de toutes les entités (知諸法空無). « Cette Lettre A, explique Bernard Frank, est le Principe de la Pureté de notre Nature Originelle qui n’est ni duale ni différente d’avec celle des buddha des Dix directions et des Trois temps (= de tous les lieux et de tous les temps), non plus qu’avec celle de l’ensemble des êtres. Elle est, autrement dit, la substance de l’esprit d’Éveil ; elle est le Buddha en Corps d’Essence. Elle représente l’état de calme de toutes choses, elle est le Principe de leur Non-production et de leur Impérissabilité d’Origine. »


[1] Le corps du pratiquant et la symbolique corporelle seront aussi naturellement des éléments constitutifs de la doctrine de l’école Tachikawa 立川流, apparue au Japon au XIIe siècle, qui prône l’extase sexuelle comme moyen d’expérimentation de la non-dualité, cette école.
[2] Pierre Régnier, « Symbolique du corps et corps symbolique dans la contemplation Shingon », Le corps et le sabre, Editions du Cénacle, pp. 73-110.
[3] Pierre Régnier, ibid.





Toutefois, avant la contemplation du caractère A proprement dite, l’ascèse comporte deux phases impliquant le corps. La première est une préparation corporelle : une série de mouvements qui a pour but de bien disposer le corps, en enlevant ses tensions les plus élémentaires, et en centrant son assise – afin que le mental ne soit pas distrait, de sa contemplation sur le mandala A. S’ensuivent une série de mouvements sous la forme d’une prosternation répétée trois fois. La deuxième phase est la lecture psalmodiée du sutra, c’est-à-dire de mantra, accompagnée de mudra – gestuelle codifiée des mains. Là encore le corps est donc impliqué : non seulement, par la gestuelle des mains, mais aussi par le fonctionnement de l’organe phonateur lors la récitation des mantra. « L’ésotérisme, explique Yamasaki Taikō, accorde une grande importance à la gorge ainsi qu’à la bouche et à la langue en tant que région du corps où les mantra sont prononcés – en d’autres termes, là où les mantra sans forme deviennent des mantra énoncés, là où la parfaite vérité est manifestée dans le phénoménal. »

La contemplation sur le germe A peut alors commencer. Assis en position du lotus ou du demi-lotus, nous faisons face à un mur blanc sur lequel est accroché un mandala composé d’un cercle blanc avec, en son milieu, un lotus ouvert sur lequel est posée la lettre sanskrite A. La contemplation du germe A implique donc également celle du cercle lunaire gachirin-kan月輪観.
« La forme ronde et la luminosité de la pleine lune ont fait d’elle un symbole de perfection et de pureté et, par suite, de l’esprit d’Éveil. Ainsi s’agit-il dans cette contemplation d’identifier son propre cœur au cercle lunaire. »[1]

 

Le retournement du regard dans le shingon et dans l’aikido de Ueshiba


Le but principal de l’ascèse A-ji kan, comme d’une manière générale les méditations shingon est de « retourner du regard », vers l’Origine unique, en l’occurrence Dai-nichi Nyorai, dont provient le contemplant. Ce retournement du regard est en même temps un détournement du regard des apparences sensibles – « renverser notre propre esprit (jishin) ». Ce thème du retournement du regard, comme acte de refondation est l’un des thèmes privilégiés de Ueshiba Morihei lorsqu’il explique sa pratique martiale dans le livre qu’il écrit à la fin de sa vie, Takemusu Aiki - Ueshiba étudie le Shingon dès l’âge de onze ans. Il emploie pour cela le verbe mikaeru [見返る] qui signifie « regarder en arrière » : il s’agit pour Ueshiba comme dans le bouddhisme ésotérique de se détourner des choses sensibles [ , mono] et de regarder vers l’Origine unique [一元, ichigen]. « On traverse le bu [les arts martiaux], écrit Ueshiba, par le principe du retournement du regard ». (Takemusu Aiki, Editions du Cénacle). Lorsque l’Origine unique est atteinte, le corps en devient l’expression à travers ses trois formes d’acte – la parole, le geste, et la pensée qui ne sont plus les actes profanes, mais les « trois mystères », san mitsu 三密.






Méditation pour polir l'esprit

La contemplation de la lettre A est une méthode de méditation de la branche ésotérique pour polir et élever l'esprit, qui nous a été expliquée par maître Kûkai Kôbô-Daishi comme une ascèse que même nous pouvons réaliser.
Lorsque nous faisons notre toilette, arrangeons notre tenue, etc., que nous faisons le ménage dans une pièce, nous portons notre attention sur les endroits visibles. Mais qu'en est-il de ce qui est invisible, comme notre esprit ?
Si nous vivons chaque jour dans l’insouciance, nous remarquons difficilement les impuretés de notre esprit. Ce faisant, de la même façon que l'on finit par perdre le contrôle d'une pièce laissée en désordre, l'esprit aussi finalement stagne, et bientôt quoique l'on fasse, cela se termine par des ennuis et des problèmes. C'est pourquoi il faut travailler dur et qu'il est nécessaire de renverser notre propre esprit (jishin).
C'est cela qu'on appelle la méditation, c'est une méthode de discipline de l'esprit, de polissage de l'esprit, que n'importe qui peut réaliser.


mercredi 28 février 2018

Transe et gouvernement de soi et du monde selon Deguchi Onisaburo

Etude sur "chinkon kishin no ho": méthode de concentration que Deguchi enseignera à Ueshiba Morihei, fondateur de l'aikido, notamment. La pratique quotidienne de cette méthode permet d'atteindre un état intérieur de calme et d'unité, non seulement avec soi mais avec le monde. Deguchi considérait cet état d'unité comme une forme de transe supérieure permettant d'agir efficacement et même merveilleusement. Plus tard Ueshiba la pratiquera au début de chaque cours (dont Torifune, furitama sont des séquences), considérant cette méthode comme une préparation physique et psychique permettant de faire "surgir les techniques". Deguchi Onisaburō était connu à travers tout le Japon pour ses techniques spirituelles, mais il fut aussi un auteur prolifique, un artiste de renom, et le chef de file d'une importante communauté religieuse, l'Omoto--kyo dont Ueshiba Morihei fut adepte. A noter que Deguchi est le seul, avec OTANI Kōzui, à apparaître dans la revue Rekishi tokuhon 『歴史読本』 (Livre de lecture de l'Histoire) de 1993, parmi les 200 personnages qui ont changé l'Histoire du Japon, comme figure religieuse emblématique de l'époque moderne. L'étude de Joffrey Chassat est une incursion dans le monde extraordinaire de Deguchi et nous plonge à l'origine de l'aikido - puisque c'est avec Deguchi que Uehsiba créera son premier dojo personnel et son association "Pour la recherche du Budo authentique", intégrant dans sa pratique martiale, le Chinkon Kishin.

https://www.facebook.com/jennifer.stanislawskiaikido
https://www.amazon.fr/Transe-gouvernement-monde-Deguchi-Onisaburo/dp/2916537244/ref=sr_1_sc_1?s=books&ie=UTF8&qid=1519207629&sr=1-1-spell&keywords=transe+et+gouvernementde+soi
                                  

mardi 27 février 2018

L'expédition en Mongolie de Deguchi Onisaburo avec Ueshiba Morihei



Etude précise du fameux voyage en Mongolie de Onisaburo et de Ueshiba et de 3 autres personnes, pour établir un pays idéal et fonder un royaume de paix. Un voyage initiatique dans une région en guerre. Ce voyage est à l'origine, selon Ueshiba, de l'aikido. L'auteur nous livre une étude très précise de la dimension politique de périple épique, avec des photos où l'on voit Ueshiba et Deguchi prisonniers et enchainés. 282 pages pour découvrir un moment essentiel de l'histoire de Ueshiba et de l'aikido, de la vie de Deguchi (fondateur de l'Omoto-kyo) qui a marqué la scène politique japonaise au début du XXe siècle. (Volume 3 des Carnets de Takemusu Aiki) "Même si on cadavre gît dans les plaines de la Mongolie, je ne ressens aucune honte en tant que japonais A ce moment je m'envole vers le paradis. [...] Loin du Japon, je suis sur le point de devenir un dieu dans les cieux de la Mongolie." Telles furent les paroles de Deguchi Onisaburo face au peloton d'exécution de l'armée mandchoue, le 20 juin 1924. Cette date marquait la fin d'une quête de quatre mois au cours de laquelle le chef spirituel de la secte Omoto avec trois hommes dont Ueshiba Morihei, futur fondateur de l'aikido, tenta d'unifier la Mongolie au nom de ses idéaux religieux.

https://www.facebook.com/jennifer.stanislawskiaikido
https://www.amazon.fr/Lexp%C3%A9dition-Mongolie-Deguchi-Onisaburo-Ueshiba/dp/291653721X/ref=sr_1_1?s=books&ie=UTF8&qid=1519213080&sr=1-1&keywords=lexpedition+en+mongolie


samedi 24 février 2018

L'éducation et l'art du sabre selon Ueshiba - Les carnets de Takemusu Aiki, 2


https://www.amazon.fr/L%C3%A9ducation-sabre-selon-Ueshiba-Morihei/dp/291653718X/ref=sr_1_3?m=A2T8IMQCIYZWQO&s=merchant-items&ie=UTF8&qid=1472117009&sr=1-3


La série des "Carnets de Takemusu Aiki" est consacrée à la présentation et à l'étude précise du livre que le fondateur de l'aikido a écrit à la fin de sa vie, Takemusu Aiki. Ces carnets sont destinés tout d'abord aux enseignants, mais aussi aux pratiquants désireux de connaitre l'aikido tel que l'enseignait et le pratiquait son fondateur, Ueshiba Morihei. Ce deuxième volume des carnets est un ensemble de textes au sujet de l'art du sabre et de son rapport avec l'éducation selon Ueshiba. Il contient notamment un texte inédit (en version bilingue) d'Ueshiba Morihei et de Takahashi Hideo, " Un avec l'univers": une leçon de sabre donnée par Ueshiba lors de laquelle il présente les principes d'action de son art. Il y explique notamment son principe de synchronicité. Ce volume contient également des articles sur le sabre chez Takuan (maître Zen), chez Ueshiba, sur l'Omoto-kyo, mais aussi sur le rapport entre la pensée de Ueshiba et celle de C.G. Jung et de W. Pauli (Prix Nobel de physique). Un voyage aux origines de l'aikido!
Extrait de la "leçon de sabre" par Ueshiba lui-même: "Ueshiba se tourna alors vers son partenaire et lui dit « Allez, viens ! », mais avant même qu'il n'eût fini de prononcer ces mots, son sabre s'abattit : le temps pour nous d'une pensée, et la pointe de son sabre se trouvait déjà sur la gorge de l'élève. Celui-ci était visiblement surpris, alors que sa tête était repoussée en arrière avec force."


https://www.facebook.com/Aikido.sabre.Ueshiba/

vendredi 23 février 2018

Le corps et le sabre - Les carnets de Takemusu Aiki 1






Un texte inédit du fondateur de l'aikido : "Ma méthode de sabre".

 La série des "Carnets de Takemusu Aiki" est consacrée à la présentation et à l'étude précise du livre que le fondateur de l'aikido a écrit à la fin de sa vie, Takemusu Aiki. Ces carnets sont destinés tout d'abord aux enseignants, mais aussi aux pratiquants désireux de connaitre l'aikido tel que l'enseignait et le pratiquait son fondateur, Ueshiba Morihei.

Ce premier carnet contient différentes études sur la pensée du fondateur de l'aikido, et notamment sur sa conception du corps.

Ce premier volume présente notamment un texte inédit du fondateur intitulé "Ma méthode de sabre Shôchikubai". Dans ce texte, Me Ueshiba présente l'expérience grâce à laquelle il a fondé sa méthode de sabre, mis aussi son "nouvel aiki": Dans ce récit, il explique les origines, les finalités et les principes de son art.

Le récit de Maître Ueshiba est donné dans son entièreté en japonais, traduit en français et assorti d'un commentaires et d'un lexique de termes japonais.

Le volume comprend également un article fondamental sur les mandalas et les pratiques corporelles dans le bouddhisme ésotérique japonais, le Shingon, qu'a étudié Ueshiba Morihei.

Pour les lecteurs désireux de connaitre les relations entre les techniques de Ueshiba avec le bouddhisme et le shinto: une plongée dans l'univers du Maître de l'aikido.

https://www.amazon.fr/corps-sabre-selon-Ueshiba-contient/dp/B01GGRJCSG/ref=aag_m_pw_dp?ie=UTF8&m=A2T8IMQCIYZWQOhttps://www.facebook.com/Japon.Kojiki.bilingue/

mercredi 21 février 2018

Description et analyse de la danse Kagura Mai de Ueshiba selon Jung et Pauli

Retrouvez mon article sur la danse Kagura Mai (danse du mandala) de Ueshiba dans la revue Plastir dirigée par M.W. Debono, chercheur en neurologie sur la plasticité 

Présentation de l'article par Marc- William Debono :



http://plasticites-sciences-arts.org/PLASTIR/Traversi%20P42.pdf

LA DÉCHIRURE DE L’ESPACE ET LA NAISSANCE DU SUJET   – SELON C.G. JUNG & W. PAULI 
Bruno TRAVERSI est chercheur associé au TEC (Techniques et Enjeux du Corps) de l’Université Paris-Descartes, docteur en philosophie de l’Université Paris-Ouest Nanterre – thèse sous la direction de Jean-François Balaudé : « La danse comme spontanéité – hypothèse d’une structure du mouvement » et diplômé du centre mondial de l’aikidô au Japon – Aikikai de Tokyo. Il vient de publier « Le corps inconscient et l’Âme du monde selon C.G. Jung et W. Pauli » dans la collection Ouverture Philosophique des éditions l’Harmattan (2016). C’est donc tout naturellement qu’il aborde avec brio ce sujet dans l’essai qu’il nous propose pour PLASTIR en nous résumant son approche comme suit: « Carl Gustav Jung et Wolfgang Pauli collaborent pendant un quart de siècle autour du rapport entre la sphère physique et la sphère psychique. Leur exploration conjointe du « problème psychophysique » les conduit à admettre l’existence d’un arrière-plan au monde phénoménal, arrière-plan « mi-physique mi-psychique ». Ce modèle, qu’ils établissent à l’aune de la physique et de la psychologie modernes, remet en question la représentation que nous nous faisons de l’inscription de l’homme dans son milieu. Il suppose, en effet, que l’existence de l’homme, sa présence et son agir en ce monde, s’enracine dans ce plan antérieur où ne vaut ni la flèche du temps ni l’espace comme étendue, ni non plus la séparation entre moi et autrui ou encore la causalité. Sa présence et sa structure transparaissent notamment à l’occasion de certains états psychologiques lors desquels, le moi étant mis hors circuit, les couches primaires de la psyché peuvent se révéler, comme dans certains rêves de Pauli, ou encore lors de danses extatiques. La danse Kagura Mai, danse extatique de type mandala, que nous avons étudiée en atelier pendant dix ans, témoigne de l’existence de ce plan antérieur et de son influence dans le geste. Il nous semble ainsi constituer la substructure commune au sujet et au monde, comme un espace originel unique dont l’espace intime (du moi) et l’espace mondain (du non-moi), dans leur dichotomie, seraient les reflets opposés. » Il en va ici d’une ouverture profonde touchant autant cette praxis et cette philosophie qu’une chorégraphie intime. Nous entendons par là ce point nodal où la plasticité des corps offre le moins de résistance à celle de l’esprit, où l’entre-deux de Jung et Pauli fait écho aux approches neurophénoménologiques ou mésologiques décrivant l’indissociabilité de l’entité corps-esprit-monde. Entrons dans la danse !


Retrouvez l'article ici

mercredi 24 août 2016

Le corps inconscient et l'Âme du monde selon C.G. Jung et W. Pauli


De Bruno Traversi
Etude sur le corps entre psychologie de Jung et physique quantique
Avec une préface de Michel Cazenave
et une postface de Baldine Saint Girons



L'étude se centre sur la question de la spontanéité [shizen en japonais], en comparant différentes pratiques corporelles d'Occident et d'Extrême-Orient: le yoga, l'aikido, la danse Contact Improvisation, le buto ou encore la danse extatique japonaise, Kagura Mai, de Ueshiba Morihei. Les textes de Ueshiba sont étudiés en détail, notamment les descriptions qu'il donne de ses transes et de ses visions.

L'auteur montre que les méthodes de mise en transe qu'utilise Me  Ueshiba produisent des "extériorisations" qui modifient le monde alentour (visions de kami, de jardin célestes, etc.) et produisent ce qu'il appelle des "techniques divines" (kami waza). Ueshiba a appris ces techniques de mises en transes de Onisaburo Deguchi, l'un des fondateurs de l'Omoto-kyo.

Bruno Traversi rapproche les méthodes et les explications que donne Ueshiba Morihei de celles de C.G. Jung et de W. Pauli, l'un des pères de la physique quantique, notamment de leurs explications sur la synchronicité.

Le monde de l'âme spirituelle que décrit Ueshiba est similaire à l'"arrière-monde" que décrivent Jung et Pauli. Ces mondes sont étrangers à la flèche du temps et à la causalité.

La physique quantique le découvre au sein de la matière, la psychologie des profondeurs le découvre au sein de l'esprit, mais Ueshiba, par sa méthode d'entrainement d'aiki, y pénètre corporellement.

L'étude se base sur l'étude de textes, mais aussi sur des observations faites en séances pendant 10 ans.

Grâce à cette étude, nous découvrons comment les explications de Ueshiba Morihei rejoignent la science moderne (la science physique quantique et la psychologie des profondeurs), et se détachent, ainsi, du modèle cartésien de la science physique classique.

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