mercredi 27 juin 2018

Newsletter n°4 : Le sport スポーツ

Newsletter Les mots de Ueshiba

Photo Ueshiba kotoba
Newsletter n°4 - juin 2018
Le sport スポーツ
Selon Me Ueshiba, le budô, et particulièrement l’aikidô, n’est pas un sport. « Concernant les budô du Japon, on ne dit pas « sport » - 我国の武道はスポーツとはいわない。 (Takemusu Aiki, vol. 2, p. 52, Éditions du Cénacle) Le terme sport スポーツ s’écrit en katakana – le syllabaire japonais utilisé notamment pour transcrire les mots d’origine étrangère, ce qui souligne le fait que le sport est une pratique qui n’est pas originellement japonaise. Le terme sport est en effet d’origine anglo-saxonne (XVIIIe - XIXe siècle), provenant de l’ancien français desport qui signifiait plaisir, divertissement. Mais au-delà de cet aspect historique et culturel, le fondateur de l’aikidô précise pourquoi son art diffère par essence du sport : « Le sport, c'est un jeu, un divertissement. C'est une activité sans l'âme spirituelle : c'est un exercice d'adresse de l'âme corporelle (le corps de chair) et non de l'âme spirituelle. » スポーツとは、遊技であり遊戯である。魂のぬけた遊技である。魄(肉体)のみの競いであり、魂の競いではない。(ibid.) Ainsi, Ueshiba fonde, là encore, son explication sur la distinction qu’il fait entre l’âme corporelle [haku, 魄] et l’âme spirituelle [kon, 魂] – distinction que nous avons présentée dans la newsletter précédente : tandis que l’âme corporelle réagit aux choses extérieures (réaction du corps à l’environnement) par le moyen de la « force de l’âme corporelle » 魄力; l’âme spirituelle agit spontanément [shizen ni, 自然], son action provient du Centre, et de façon « merveilleuse » par le moyen de la « force de l’âme spirituelle » 魂の力. L’aikidô n’est donc par un divertissement (sport), il exige au contraire une ascèse (Chinkon Kishin no hô, voir newsletter n°1), c'est-à-dire un « retournement du regard » 見返る vers le Centre unique (voir newsletter n°2), qui permette de passer de l'activité de l'âme corporelle – activité ordinaire du corps – à l'activité spirituelle.

 
« À l'origine, au Japon, il n'y avait pas de sport comme en Occident. Il y a des gens qui se réjouissent de voir le budô prospérer en devenant un sport, mais ce sont des gens qui ignorent totalement ce qu'est le budô japonais. »
「我国には、本来西洋のようなスポーツというものはない。日本の武道がスポーツとなって盛んになった、と喜んでいる人がいるが、日本の武道を知らぬも甚しいものである。」
Ueshiba Morihei, Takemusu Aiki vol. 2, p. 52.
 
Takemusu Aiki 『武産合気』
Le livre que Ueshiba Morihei a écrit à la fin de sa vie
Origines, trajectoire et perspectives d'une œuvre
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Couverture de la première édition de Takemusu Aiki 『武産合気』 (1976)
Takemusu Aiki 『武産合気』 est le livre que Maître Ueshiba Morihei a écrit à la fin de sa vie. L’ouvrage se présente comme une compilation de plusieurs conférences qu’il a donné au cours de ses dernières années et qui ont été compilées par Takahashi Hideo 高橋英雄. O Sensei y expose à la fois ses conceptions philosophiques, ses pratiques ascétiques et martiales, ses principes d’entrainement, l’origine et les finalités de son art, et revient sur les moments clés de sa vie, étapes essentielles de la 
genèse de l’aikidô qu’il appelle le « budô authentique », par contraste avec les budô inauthentiques (budô corporels), d’une part, et le sport, d’autre part. L’ensemble de l’ouvrage prend l’aspect d’une autobiographie spirituelle, d’un testament adressé aux générations futures. Il y a eu deux éditions japonaises de Takemusu Aiki, la première en 1976, et la seconde en 1986, par les éditions Byakko Press 白光出版. La première édition comprend, en plus des textes de Ueshiba, une introduction de Goi Masahisa 五井昌久 (1916-1980), ami intime de O Sensei et chef de file du mouvement Byakkô Shinkôkai, 白光真宏会, fondé en 1955. La deuxième édition est augmentée de plusieurs photos et d’une préface de Ueshiba Kisshomaru, alors dôshu. La première traduction et édition en langue étrangère de Takemusu Aiki est l’édition française éponyme publiée par les Éditions du Cénacle, en 2006, dont la traduction et les commentaires sont réalisés par Bruno Traversi, Pierre Régnier, Seiichi Kurihara, et Joffrey Chassat. L’édition française, en 5 volumes (dont 3 sont actuellement publiés), comprend, en effet, en plus de l’édition originale, à destination du public francophone, une introduction générale présentant le système conceptuel de Ueshiba, des introductions partielles, des notes de bas de pages et un lexique – autant d’éléments indispensables pour aider le lecteur dans ce livre unique en son genre. La lecture du livre de Maître Ueshiba s’avère en effet difficile pour qui ne connait pas la mythologie shintô, le Kojiki particulièrement, le bouddhisme ésotérique, et plus particulièrement la pensée de Deguchi Onisaburô 出口王仁三郎 (1871-1948), le leader charismatique de l’Ômoto-kyô 大本教 (c’est avec lui, comme président, que Ueshiba, en tant qu'« entraineur », fonde son « Association pour l'amélioration du budô du Grand Japon » 大日本武道宣揚会 en 1932.) 
Ainsi, pour accompagner la lecture de Takemusu Aiki, les Éditions du Cénacle crée en 2010, la collection « Les carnets de Takemusu Aiki », regroupant des études sur la pensée et la pratique de O Sensei. Cette collection comprend actuellement 4 volumes, le Carnet 1, Le corps et le sabre, est centré autour d’un texte de Ueshiba dans lequel il présente sa méthode de sabre, et comprend une étude sur les pratiques ascétiques corporelles du Shingon 真言, le bouddhisme ésotérique japonais ; le Carnet 2, L’éducation et l’art

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Couverture de la réédition de 1986
avec une calligraphie de Takahashi
du sabre, est centré autour d’une leçon de sabre (proposée en bilingue français – japonais) donnée par Ueshiba pendant laquelle il explique les principes d’action de son art. Ce volume comprend en outre une étude sur l’enseignement de sabre du bonze Takuan Sôhô 沢庵宗彭 par Chassat, qui met en évidence certaines similarités entre l’enseignement de Ueshiba et celui du maître Zen ; le Carnet 3, L’expédition en Mongolie de Deguchi Onisaburo avec Ueshiba Morihei est une étude précise par Édouard L'Hérisson sur le voyage initiatique que fit Ueshiba, sous la direction de Deguchi, en vue d’établir un pays idéal ; le Carnet 4, Transe et gouvernement de soi et du monde selon Deguchi Onisaburô, est une étude universitaire, par Joffrey Chassat, sur le chinkon kishin no hô, la méthode ascétique développée par Deguchi que Ueshiba mettra au cœur de son entrainement.
De 2011 à 2016, Takemusu Aiki a fait l’objet d’une recherche universitaire dans le cadre d’une thèse doctorale au croisement de la philosophie, de la psychologie et de la physique quantique, par Bruno Traversi, sous la direction de Jean-François Balaudé, président de l’Université Paris Ouest Nanterre. En 2016, la thèse est publiée en partie sous le titre Le corps inconscient aux Éditions L’Harmattan. Aujourd’hui, Takemusu Aiki est étudié notamment par Joffrey Chassat et par Bruno Traversi dans le cadre du laboratoire TEC (Technique et Enjeux du Corps) du STAPS de l’Université Paris Descartes – Sorbonne : la pensée
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Couverture du volume 2 de la version française (2008)
et la pratique de Ueshiba sont questionnées systématiquement à partir, d’une part, de la tradition japonaise (religieuse et martiale) et, d’autre part, des savoirs scientifiques modernes. L’attention est notamment portée sur les états modifiés de conscience (EMC) que décrit Ueshiba lors de ses visions et de ses capacités « merveilleuses » dans son action martiale : les processus mentaux et corporels en œuvre y sont reproduits et décrits.
Ces travaux se concrétisent sous la forme d’articles scientifiques et d’ouvrages dont L’Arrière-Monde ou l’Inconscient neutre (2018, Éditions du Cénacle), préfacé par Antonio Sparzani, physicien théoricien à l’Institut National de Physique Nucléaire italien. Ces travaux montrent combien l’enseignement théorique et pratique de Ueshiba retentissent bien au-delà de l’horizon culturel japonais, et font écho aux théories scientifiques les plus avancées concernant la matière et l’esprit humain.
 
Évènements à venir
 
Comme chaque année, lors du séminaire de Brest, nous alternons études pratiques et études théoriques autour de Takemusu Aiki, le livre que le fondateur de l’aikidô a écrit à la fin de sa vie. Notre approche des textes de Ueshiba se fait à partir des études développées par W. Pauli, l’un des pères de la physique quantique, et de Carl Gustav Jung, le fondateur de la psychologie des profondeurs.

Le thème central de cette année 2018 sera le temps et l’espace. Comment Ueshiba conçoit-il le temps ? Et l’espace ? Pourquoi affirme-t-il que « dans l’aikidô, il n’y a ni temps ni espace » ? Quelles sont les expériences qui en témoignent ? Quels sont les états modifiés de conscience qui révèlent, selon lui, le monde intermédiaire dans lequel il n’y a ni temps ni espace ? Nous tenterons de répondre à ces questions par la pratique (travail sur les techniques et sur les transes), et par une étude précise des écrits de Ueshiba Morihei, de Deguchi Onisaburô, le dirigeant de l’Ômoto-kyô, et des explications scientifiques de Carl Gustav Jung et Wolfgang Pauli.

Le séminaire est animé par Bruno Traversi, 3e dan de l’Aikikai de Tokyo, chercheur au TEC de l’Université Paris V et par Joffrey Chassat, diplômé de l’Université de Lille3, spécialiste de l’Ômoto-kyô.

Stage complet : 90 € ; une journée : 25 € ;
une demi-journée : 15€ ; conférence seule : 10€
possibilité de dormir au dojo : 8€/nuit
Réservation obligatoire : bruno.traversi@yahoo.fr ou 06 62 34 40 64

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